21 04 2009
NOSTRADAMUS
Ce texte est la suite du récit de la vie du plus célèbre prophète de tous les temps, Michel de Nostradame ou Nostradamus, entamé dans le blogue précédent.
J'ai eu le bonheur d'effectuer un voyage à Salon de Provence et de visiter la maison-musée de Nostradamus. Cette visite se poursuit dans le présent texte.
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Nostradamus et la peste
La salle obscure
Il s'agit ici de deux des tableaux créés dans la maison-musée de Nostradamus et rappelant les deux aspects de la vie du plus grand prophète de tous les temps: le médecin-astrophile traitant l'une des victimes de la peste qui décima des populations entières en Provence dans le courant de la vie de Michel de Nostradame.
Quant à la ''salle obscure'', elle représente pour moi - son interprétation peut, je crois, varier d'une personne à l'autre - le côté mystique de Nostradamus, ses perceptions extra-sensorielles qui lui permettaient d'avoir accès aux ''images'' des événements dans les siècles à venir. De grands prismes flottant dans l'espace sombre et contenant chacun un texte des Centuries, le tout sous une musique planante.
Catherine de Médicis
Cette autre photo prise dans une salle de la maison-musée de Nostradamus montre la reine Catherine de Médicis qui disait peut-être «Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle!», cela on ne le saura jamais, un clin d'oeil à la reine de France qui a visité Nostradamus dans sa maison de Salon alors que la santé du prophète se faisait de moins en moins bonne quelques années avant sa mort.
Tous les personnages du musée sont, je le répète, des oeuvres magnifiquement réalistes des artistes et artisans du célèbre musée Grévin de Paris.
Il est évidemment possible que des changements aient été apportés aux différentes salles d'exposition du musée mais les plus récentes photos du site web du musée de Nostradamus montrent les scènes telles que je les ai vues lors de ma visite en mai 1994.
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Maison de Saint-Rémy
Comme on peut le constater sur cette photo de l'humble et étroite maison de la famille de Michel de Nostredame, en plein coeur du village de Saint-Rémy-de-Provence, ce n'est pas dans la luxure, contrairement à la prétention populaire, que Michel vient au monde ce midi du 14 décembre 1503.
Une toute petite résidence que seule une plaque posée sur un mur nous permet d'identifier ce lieu qui mériterait d'être montré au public et connu du monde entier.
Du moins, tel était en 1994, lors de ma visite chez Nostradamus, l'un des objectifs de la conservatrice de la maison-musée du prophète à Salon-de-Provence, Mme Allemand. Elle avait d'ailleurs déjà entrepris des démarches à cet effet auprès des autorités municipales de l'endroit ainsi que d'hommes de lettres et d'affaires locaux, mais j'ignore où en est le projet en avril 2009. Chose certaine, après avoir consulté plusieurs sites web de tourisme en Provence (récemment mis à jour) et d'autres spécialisés sur la vie de Nostradamus, il n'est pas question de la maison de Saint-Rémy et c'est bien dommage.
Lors de mon passage dans les rues très étroites de Saint-Rémy, la maison servait d'entrepôt aux caisses de bouteilles d'alcool d'un bar adjaçent et il était impossible d'y pénétrer.
Grâce à la gentillesse d'un voisin qui habitait un loft donnant sur le deuxième plancher de la maison, j'ai pu, de son balcon, voir l'arrière de la petite demeure ainsi que la minuscule cour qui a dû dans les années 1500 retentir des cris joyeux et aussi des pleurs de la marmaille de la famille des Nostredame.
Il est bon de noter que Michel était l'aîné des dix-huit enfants de Journet (Jacques) de Nostredame et de Reynière (Renée) de Saint-Rémy.
Et le petit Michel ne l'a pas eu facile dès le début de son incarnation. Ce Sagittaire ascendant Poissons souffrait en effet d'épilepsie psychique, de la goutte ainsi que d'insuffisance cardiaque.
Malgré tout, dès son enfance, Michel est confié «à l'éducation» de ses aîeux. Il part très jeune pour Avignon afin d'y obtenir son diplôme de bachelier des arts.
Auparavant en 1506 (donc à l'âge de trois ans), Jean de Saint-Rémy, lui aussi juif converti au catholicisme, médecin du roi René, initie son arrière petit fils aux cycles de la vie et de la mort. Héritier de toute la sagesse orientale, il va aussi transmettre à Michel les enseignements de la Kabbale hébraîque.

Michel initié à la Kabbale par son aîeul
C'est aussi à ce moment que le jeune Michel apprit les rudiments des mathématiques et des lettres.
Mais avant de quitter Saint-Rémy, je tiens à vous montrer cette photo de la rue et de la maison (à gauche) de la famille Nostredame, prise en janvier 2003: un événement très rare en Provence qui jouit habituellement d'un climat sub-tropical à l'année, de la neige tombée durant la nuit mais qui a dû fondre assez rapidement, mais quand même. . .
Michel quitta cette petite demeure sans, fort probablement, jamais y revenir, car sa vie l'amena à se déplacer sans cesse, non seulement en Provence, mais aussi dans toute la France ainsi qu'en Italie et certains font aussi état de la Belgique, car il y a un ''vide'' d'une dizaine d'années où on ignore tout de la vie du prophète qui fuyait sans doute alors l'inquisition qui le pourchassait et qui aurait trouvé refuge auprès d'un grand initié qui lui aurait permis de lire des livres très rares de nature ésotérique ainsi que de consommer une drogue que l'on identifie comme étant de la famille des «champignons magiques», contenant du psylocybe et permettant d'avoir accès à des images et événements de l'avenir. Mais tout est très flou sur ce sujet.
En quittant Saint-Rémy, Nostradamus se rend à Montpellier pour y faire des études de médecine où Rabelais étudiera quelques années plus tard avant de devenir un très proche ami de Michel.
On dit que lorsque la peste arriva en 1520 en Provence ( Michel a alors 17 ans ), ce fut la panique générale et les hommes crurent en l'apocalypse.
Vous trouverez dans les autres textes de mon blogue, ce qui se passa dans la vie plutôt tulmutueuse de Nostradamus qui mourut le 2 juillet 1566 à 63 ans, d'un oédème cardio-pulmonaire.
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Marcher sur les traces du plus grand prophète de tous les temps que l'on étudie toujours dans des universités tant asiatiques qu'européennes et américaines, nous oblige à faire preuve d'une très grande humilité.
Je me suis même demandé lorsque je me trouvais dans la maison de Salon où Nostradamus vécut pendant une vingtaine d'années et où il rédigea ses célèbres Centuries, si je n'étais pas qu'un «touriste des Amériques, ''voyeur'' comme tous les autres de quelques nationalités qu'ils soient qui visitent ces lieux» et je me suis senti mal. J'avais le sentiment de «violer» un lieu, une demeure, des pièces transformées en scènes théatrales avec des personnages de cire. De violer la vie même de Nostradamus.
Et cette impression atteint son paroxysme lorsque je mis les pieds dans le bureau personnel de Nostradamus, sous les combles et que je le vis, assis à sa petite table, éclairé par une chandelle, écrivant soigneusement à la plume, en pleine nuit, une petite fenêtre entrouverte. J'ai même cru à une apparition, qu'il était bel et bien vivant et qu'il se retournerait en ma direction en me lançant un regard pas très complaisant, me faisant comprendre que je le dérangeais et que je n'avais pas d'affaire à me trouver dans ce lieu. J'ai voulu un moment m'enfuir.
Les murs de ce «grenier aux images» comme je l'ai écrit en titre au début de ce blogue (1ère partie), semblaient me parler. Ils ont été témoins de tant d'événements, d'émotions et ils ont en quelque sorte protégé Nostradamus de toute indiscrétion pendant que le prophète écrivait en rimes en utilisant tantôt le vieux français, tantôt le latin, en changeant des lettres et des mots de place afin de masquer la dure réalité de ce qu'il découvrait des siècles à venir et pour éviter de passer pour un «charlatan». Puisque personne ne pouvait comprendre ses quatrains et ses Centuries, on dira «qu'il s'agit d'un vieux fou» et on le laissera en paix et c'est en effet ce qu'il advint. Mais il faut ajouter que l'appui incontestable de la reine de France, Catherine de Médicis, qui vint dans sa maison de Salon trois ans avant le décès du prophète, lui conféra également une notoriété qui le rendait «invulnérable» et «inattaquable» par qui que ce soit, y compris l'inquisition.
Ce que l'on ne voit pas dans le bureau de Nostradamus, c'est un genre de plat rond d'une assez bonne dimension, qui se trouvait à la droite de la table, tenant sur ses propres pieds, contenant un liquide, sans doute de l'eau, et que l'on pourrait même identifier comme étant «le premier écran de télévision au monde». C'est pourquoi j'ai intitulé mon récit «Nostradamus et son grenier à images», nous rappelant bien sûr ici au Québec, les débuts de la télé et le «grand père Caillou» qui se réfugiait lui aussi dans son grenier pour nous raconter ses fameuses histoires qui nous tenaient en haleine et silencieux pendant de longues minutes, les yeux rivés au petit écran magique en noir et blanc de la deuxième partie des années cinquante, nous ouvrant, enfants, au monde et s'apprêtant à changer irrémédiablement ce même monde.
Nostradamus à s'y méprandre!
Les Centuries
Je ne m'aventurerai pas ici à tenter d'interpréter des prophéties faites par Nostradamus. Je n'en n'ai ni la compétence ni le droit car j'estime qu'il faut vraiment être investi d'une ''mission'' spéciale pour travailler sur ces quatrains aussi mystérieux et troublants de vérité et de réalisme.
Je laisse cela aux exégètes de Nostradamus car depuis 1945, le phénomène de la «Nostra-Mania» n'a cessé de se développer : c'est simple, pour ses admirateurs, Nostradamus a strictement TOUT prévu : la guerre du Vietnam, la mort de John et de Robert Kennedy, l'Iran-l'Irak, la chute du mur de Berlin, le 11 septembre 2001, la guerre en Afghanistan, une future guerre impliquant la Chine, le règne de l'Antéchrist et les bouleversements radicaux du 21 décembre 2012 que certains qualifient de «fin du monde». La fin d'un monde sans doute car Nostradamus parle dans un quatrain de l'an 3454, si ma mémoire m'est fidèle, comme réelle fin possible du monde.
Le prophète affirme que ce sont les planètes qui détiennent les dates des événements. Il note même les planètes Uranus, Neptune et Pluton qui ne seront découvertes que quatre siècles plus tard. Il faut le faire.
Il est aussi question, dit-on, d'une très grave période de crise économique - est-ce bien celle que vit à l'heure actuelle notre monde? - et Nostradamus aurait également prévu qu'à la fin du 4e millénaire, viendra l'Age d'or de l'humanité qui vivra alors dans la paix et le bonheur.
Nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
Les Centuries du prophète de Salon font l'objet de recherches intensives dans les milieux universitaires, particulièrement asiatiques. Quand je suis passé par la maison-musée de Nostradamus, quelques étudiants japonais étaient sur place et s'informaient au sujet du prophète et de ses Centuries. La conservatrice de la maison-musée, Mme Allemand, me disait qu'à cette époque (1994), au moins deux livres d'essais de traduction des Centuries de Nostradamus étaient publiés chaque semaine quelque part dans le monde, tous passant, selon elle, à côté du but.
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De son vivant, Nostradamus avait bien dit que ses prévisions resteraient secrètes tant et aussi longtemps qu'elles ne se seraient pas réalisées.
D'ailleurs, lui-même était-il bien ''conscient'' de ce qu'il écrivait? Loin de moi l'idée de sous-entendre que cet homme était dément, mais il entrait en transe lorsqu'il avait ses perceptions qu'ils ''voyait'' sur la surface de l'eau de son genre de contenant, à la droite de son bureau, absent malheureusement dans la maison-musée du prophète.
De là le titre de «grenier à images» du début de mon récit. Tel un téléviseur, ce contenant se transformait en créateur d'images très précises et que seul Nostradamus pouvait voir mais sans les interpréter car comment aurait-il pu décrire et nommer les engins de guerre, les thanks, les avions, les bombes, les explosions nucléaires dont il parle dans ses quatrains? Tout cela n'existait pas au XVIe siècle.
Tout comme l'assassinat de John Kennedy et celui de son frère Robert en 1963 et 1968: comment Nostradamus aurait-il pu identifier ces hommes et décrire leur mort violente quatre cents ans plus tôt?
Et les explosions sur Hiroshima et Nagasaki? Ces villes, à moins d'erreur de ma part, n'existaient même pas dans les années 1500!
J'imagine un peu quelle fut la réaction de Nostradamus à la ''vue'' de cette gigantesque boule de feu dans son contenant à images! Comme il a dû en être stupéfait, effrayé même et très troublé. Il ne comprenait pas et pour lui, tout ce qu'il voyait avait une signification horrible : la fin du monde!
D'ailleurs, toutes ces prédictions ne comportent que des éléments destructeurs, ce qui est malheureux. Car, dans le monde, il s'est fait et se produit encore de nos jours, quotidiennement, des événements positifs, de prometteuses découvertes scientifiques, médicales et spatiales, mais il est vrai que ce n'est pas ce dont les réseaux de nouvelles continues parlent le plus. En boucle, ils nous répètent sans cesse les pires calamités, les tueries, les soldats morts à la guerre, les explosions terroristes, etc. Cela est bien plus ''vendeur''...
Et si, dans les années 1550-55, Nostradamus s'était retrouvé ''branché'' comme par magie sur les actuels réseaux de nouvelles comme CNN ou Fox, il n'aurait par conséquence vu que les pires événements de notre monde des XXe et XXIe siècles. Il ne s'agit que d'une hypothèse, sans doute très farfelue, que je lance ainsi mais je ne puis évidemment pas expliquer les sources auxquelles Nostradamus s'alimentait alors pour décrire des événements qui devaient effectivement se produire quatre cents ans plus tard!
Questions
Je vous avouerai que j'ai quitté la demeure de Salon de Nostradamus en me questionnant davantage qu'avant d'y entrer. Et pas sur le sens même des prophéties de Michel de Nostredame car je ne m'attendais pas à être ''foudroyé'' par l'esprit même de Nostradamus qui habitait peut-être encore ces lieux, sait-on jamais!
Non, cette question de l'interprétation des Centuries du grand prophète, sans me laisser complètement indifférent, n'était pas pour moi une priorité. Plusieurs de ses quatrains sont peints sur les murs qui encerclent l'escalier menant aux étages supérieurs ainsi qu'au bureau, dans le grenier, où Nostradamus les a écrits. Je les regardais un peu distraitement et à l'occasion en reconnaissait certains, plus populaires, comme celui qui dit à peu près ceci : «En l'an mil neuf cent nonante neuf, viendra du ciel un grand roy d'effrayeur, avant après mars, régner par bonheur»! On a bien attendu l'année 1999 et le ''grand roy d'effrayeur'' - que plusieurs identifiaient comme l'Antéchrist - mais rien ne s'est apparemment produit, à moins que ce ''roy'' ne soit né en cette année, ce qui lui donnerait maintenant dix ans. Pour être sincère, les prophéties de Nostradamus demeurent toujours un mystère pour le commun des mortels dont moi et les prétendus exégètes du prophète se sont cassés les dents ou ont été ridiculisés après la publication de leurs volumineux bouquins. D'ailleurs, on n'en entend beaucoup moins parler maintenant de ces supposés traducteurs à la gomme. Il y en avait même un à Montréal qui prétendait être la réincarnation de Nostradamus, rien de moins! Ce monsieur publiait donc et vendait ses livres de traduction des Centuries en faisant le tour des stations de télévision et de radio. Il affirmait bien haut qu'il retournait souvent chez Nostradamus à Salon où il avait l'unique privilège de demeurer dans la maison du prophète le temps qu'il le désirait.
C'est un peu lui qui a semé en moi ce désir d'aller aussi à Salon et de visiter ce lieu spécial. J'ai alors bien vu que la demeure de Nostradamus avait été rénovée et convertie en musée et je n'ai pas trouvé le lit de cet imposteur. Qui plus est, ce musée était depuis 1992 ouvert au grand public. Auparavant, la maison servait d'entrepôt!
Quand j'ai parlé à la conservatrice, Mme Allemand, de cet auteur québécois, lui demandant si elle le connaissait, sa réponse fut un énorme éclat de rire. Elle me précisa qu'elle ne vendait aucun livre de prétendues traductions des Centuries de Nostradamus mais plutôt des livres biographiques du prophète en de multiples langues.
J'étais donc rassuré sur cet auteur québécois qui s'était inventé un personnage et une histoire de réincarnation pour attirer l'attention des médias sur sa personne et évidemment attraper au passage les lecteurs les plus naîfs, intéressés par Nostradamus, question de mousser ses ventes!
Mais je me suis procuré quelque chose de très précieux à la maison de Michel de Nostradame, qui était en vente dans un présentoir et unique de par surcroit, un Tarot de Nostradamus contenant les vingt-deux arcanes majeures et les cinquante-six mineures. J'étais très fier. Je l'ai toujours évidemment et je l'utilise à l'occasion lorsque j'ai des réponses à obtenir pour m'orienter sur telle ou telle question ou pour connaître tout simplement mon avenir assez proche.
Les cartes de ce Tarot n'ont pas été dessinées par Nostradamus mais par une personne sérieuse et inspirée qui désirait qu'il prédise l'avenir davantage au plan mondial qu'individuel. Il a donc travaillé les images et personnages des arcanes d'une façon spéciale en en modifiant aussi l'appellation. Ainsi, le Pape est devenu «Le Grand Pastor», le Diable «L'Antechrist», la Mort «Lybitine», L'Amoureux «Aemathien», le Chariot «Le Charior», etc, etc. Les dessins sont évidemment inspirés du Tarot de base, celui de Marseille ( que je n'ai jamais été capable, soit-dit en passant, de retrouver dans des librairies ésotériques à Marseille, comme quoi «Coordonier mal chaussé» s'applique aussi en France ).
Trois arcanes du Tarot de Nostradamus
Adieux quelque peu troublants
Je ne pouvais quitter Salon de Provence et dire adieu à son plus illustre résident sans aller me recueillir quelques instants sur le tombeau de Nostradamus. On m'a indiqué de me rendre à l'église la Collégiale de Saint-Laurent, toujours au centre-ville de Salon, et de me diriger vers un petit autel dédié à la Vierge Marie. C'est là que se trouve le fameux tombeau.
Aucune difficulté à trouver l'église avec son haut clocher, visible de patout à la ronde, au-dessus des toits en briques rouges comme il se fait dans tous les endroits au climat chaud et aux orages soudains et très pluvieux.
J'ouvre une lourde porte et je me retrouve d'un coup dans un autre monde et surtout dans une autre ère.
L'église doit sûrement avoir plusieurs centaines d'années. Le plancher craque sous mes pieds et il se dégage une odeur de moisi et de poussière étouffante. Tout est sombre à l'intérieur. Il y a des colonnes immenses et fendillées. Je pensai que l'église avait sûrement besoin d'être revampée, rafraîchie, en un mot complètement rénovée. Mais je conclu que les français «aimaient ça, les choses et les immeubles vieillots»! Que de préjugés sur nos p'tits cousins!
J'avancais lentement, le plancher continuait de craquer et je me sentais un peu perdu car le temple, très vaste, comprenait plusieurs petits autels de chaque côté de la nef. Je m'adressai donc aux deux seules personnes qui se trouvaient dans l'église à ce moment, deux concierges qui changeaient des ampoules, l'un en équilibre en haut d'une très longue échelle et son copain, en bas, qui la tenait bien solidement pour éviter tout accident. Ils semblent surpris que je m'intéresse comme ça à Nostradamus ( un autre ''capoté'' du Canada, ont-ils peut-être pensé ), et le jeune homme au pied de l'échelle me montre l'autel de Marie où je trouverai le tombeau du prophète.
Quelques pas et me voici devant un tout petit autel sombre datant lui aussi de quelques siècles, où rien ne laisse croire en la présence du tombeau d'un aussi illustre personnage connu dans le monde entier. Il faut croire que les habitants de Salon en ont vu bien d'autres et que pour eux, côtoyer quotidiennement Nostradamus passe complètement inaperçu.
Mon regard se promène sur les trois murs grisâtres entourant le tout petit autel dédié à Marie et mon étonnement est total de voir une grande plaque de marbre, rectangulaire, où sont gravés deux textes, l'un à la suite de l'autre.
Tombeau de Nostradamus
La photo du tombeau n'est pas très réussie mais il m'est impossible de l'agrandir davantage sous peine d'en détériorer encore plus l'image.
On peut voir l'autel dédié à Marie à droite et sur le mur, à gauche, on peut distinger une plaque plus pâle que le mur où est gravé l'épitaphe de Nostradamus, en vieux français et en latin avec sa traduction française en bas.
Sincèrement, je suis très ému et en même temps un peu troublé car les deux ouvriers ayant quitté l'église, je me retrouve donc seul avec Nostradamus ou enfin avec ses restes qui sont dans le mur, derrière la plaque.
Je place mes mains sur l'épitaphe comme si je voulais établir une communication d'outre-tombe avec le grand prophète. Je ne sais pas si c'est l'atmosphère qui se dégage de ce temple d'une si lointaine époque ou la crainte de commettre quelque impair ( comment se comporter en présence des ossements de Nostradamus? ), mais mes mains et mes genoux se mettent à trembler. J'ai chaud. Je me sens très bizarre sans exactement savoir pourquoi. Une illusion peut-être! Une impression vague qui me trouble.
Je m'assieds sur la base du petit autel, mes yeux fixant la plaque de marbre. Il me semble que je ''sentais'' la présence de Nostradamus. Je savais que les restes de Nostradamus avaient été, à sa demande, placés à la verticale, le crâne en haut et les pieds en bas, parce qu'il avait eu un conflit à un moment donné avec des paysans et il leur avait prédit qu'il aurait toujours «la tête plus haute que la leur», de son vivant comme après sa mort, et c'est pourquoi il avait été enterré debout! Les grands prophètes ont de ces exigences parfois!
Mais ce ne sont pas tous ses ossements qui se retrouvent dans la collégiale Saint-Laurent car il faut se rappeler qu'en 1789, des soldats de la révolution française ont pillé son premier tombeau qui se trouvait en campagne, près de Salon, allant même jusqu'à boire du vin dans son crâne ( comme Nostradamus l'avait précisément prédit en leur annoncant une fin atroce, ce qui s'est également produit pour les deux jeunes gens ).
Un ami de Nostradamus avait par la suite recueilli les ossements dispersés dans la nature et qui restaient intactes ou presque, pour les placer à l'abri dans le grenier de sa maison jusqu'à ce qu'ils soient insérés dans l'un des murs de la petite chapelle de Marie.
Mon voyage chez Nostradamus tirait donc à sa fin mais j'avais de la misère à me détacher de ce lieu sans que je sache trop pourquoi. Se retrouver dans le grenier où Nostradamus a ''vu'' les principaux événements et personnages des siècles à venir et être capable de les décrire sans que personne ne puisse les identifier avant qu'ils n'aient marqué l'Histoire est fantastique certes mais se retrouver seul, dans une église plusieurs fois centenaire, à proximité des restes du plus grand prophète de tous les temps est tout aussi unique et inoubliable.
Mais une phrase de l'épitaphe m'a fait comprendre qu'il me fallait accélérer le pas et quitter au plus vite cet endroit.
On y lit «Que la postérité ne vienne pas troubler le repos de Nostradamus»! La postérité? C'est moi ça! Et je suis peut-être en train de troubler la quiétude de Nostradamus et m'attirer ses foudres! On ne sait jamais!
J'ai ramassé mes p'tits et je suis sorti plus rapidement de l'église que j'y étais entré. De toute façon, ma visite chez Michel de Nostradame était terminée et j'étais on ne peut plus satisfait de mon séjour à Salon de Provence.
Je suis sauté dans le premier bus à destination de la gare d'Avignon.
J'ai tourné le dos à Nostradamus et au XVIe siècle et je me suis enfoncé dans le futur en prenant place à bord du TGV, destination Paris.

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